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Menière: Comment j'ai appris à vivre avec la maladie

Menière: Comment j'ai appris à vivre avec la maladie

France Acouphènes
Publié par Jacques Foënkinos dans Témoignages · Mercredi 25 Mar 2015 · Temps de lecture 11:00
Tags: Menière
Comment j'ai appris à vivre avec la maladie de Menière
Par Jacques Foënkinos

Par Jacques Foënkinos Le  titre de mon article vous semble être de la provocation, n’est ce pas ?  Comment peut on vivre mieux, ou tout simplement vivre avec cette  maladie sournoise qui nous épuise, nous invalide, nous  démoralise, nous laisse quelques espoirs pendant quelques temps, puis  revient au moment où l’on ne s’y attend pas ! Je souffre moi même de  cette pathologie depuis 1998 et je peux vous donner ci-après des  conseils. Je ne suis pas médecin et il faut prendre ce qui suit comme  un témoignage, une expérience personnelle, mais si elle peut être  utile, j’en serais ravi.


Introduction
Les 3  premières années sont souvent très dures, car les crises de vertiges  sont fréquentes, et la crainte de la crise suivante déclenche la  crise. L’opération chirurgicale parfois proposée dans les cas les plus  difficiles par le corps médical est délicate : il s’agit de la  Neurectomie vestibulaire qui consiste à sectionner le nerf vestibulaire  qui véhicule des informations erronées venant du labyrinthe et  produisent ces malaises. Une réédu- cation par la kinésithérapie  vestibulaire est indispensable pour réapprendre l’équilibre par les  autres sens. Cette opération est irréversible et comporte des risques  dont il faut être avisé. J’ai eu beaucoup de témoignages  désespérés de personnes souffrant encore après l’opération pourtant  réussie, mais dont les séances de kinésithérapie vestibulaire ne  donnaient pas les résultats escomptés sur l’arrêt des vertiges.
 
Je vous engage  donc, si cette solution vous est proposée, de demander l’avis de  plusieurs spécialistes de la maladie de Menière afin de mettre vos  oreilles entre des mains expertes.
Aussi en ce  qui me concerne j’ai privilégié les traitements médicamenteux et la  maîtrise par le comportement. J’en ai déduit une hygiène de vie et  une philosophie pour affronter ces périodes difficiles. J’ai pris  conscience de mes limites et j’ai essayé d’adapter mon quotidien face  à ces limites, mais sans rien m’interdire. J’ai opté pour une forme de  trithérapie : traitements médicamenteux, appareillage, comportement.  Je vais essayer de partager avec vous ci-après les éléments qui me  permettent de vivre mieux.

Traitements médicamenteux
(sous le contrôle de l’ORL en fonction de ses autres pathologies)
Il n’y a pas  de traitement miracle, mais il faut se doter d’un certain nombre  d’outils médicamenteux à utiliser en fonction de son état. Je dispose  d’une ordonnance renouvelable avec les produits principaux et je  consulte régulièrement mon ORL, et parfois en urgence lorsque je  n’arrive pas à maîtriser la crise.
Le traitement de fond qui m’est donné est constitué de Bétaserc® et Nootropyl®.
En cas de crise légère ou d’état vertigineux perma- nents j’augmente suivant les consignes de l’ORL les doses de Nootropyl® et je complète avec du Tanganil®. Une petite cure de diurétique (Diamox®)  peut être nécessaire pour diminuer la pression dans l’oreille  interne, cure s’accompagnant en général d’une surveil- lance du taux  de potassium dans le sang et suivant le cas d’une prise de potassium.
En cas de  grosses crises, on ne coupe pas à la cure de corticoïdes proposée par  l’ORL pendant une semaine et à des injections de Tanganil®.
De temps en temps une cure d’antiacide (genre Mopral®) et un calmant à base de plante (Euphytose®) peuvent compléter l’arsenal médicamenteux.

Appareillage
Lorsque la  perte auditive dépasse les 20% il ne faut pas hésiter à se faire  appareiller. Une bonne correction permet de limiter la perception des  acouphènes, de favoriser un bon équilibre et donc de limiter les  crises de vertiges.
En cas  d’acouphènes très perturbants, si vous en avez les moyens, utilisez un  appareil avec un masqueur d’acouphènes, cela peut aider, c’est ce que  j’ai fait et je m’en félicite.
Je suis  équipé d’un appareil puissant côté amplification pour la surdité  profonde, et qui dispose d’un masqueur d’acouphènes que j’utilise très  souvent quand mes acouphènes augmentent.
Il existe sinon des applications de bruits sur smart- phone qui peuvent assurer les mêmes fonctions mais non personnalisées.
 Il faut faire régler l’appareil très souvent (1 fois par trimestre,  minimum 1 fois par semestre) pour tenir compte des modi cations, car en  cas de crise l’audition baisse, et malgré les médicaments elle ne  revient pas malheureusement au même niveau.
Il faut éviter de rester dans le silence absolu et éviter aussi les environnements trop bruyants.
 Votre audioprothésiste pourra aussi vous conseiller pour des bouchons  adaptés à votre cas, surtout si comme moi, vous allez de temps en  temps dans des spectacles musicaux (Je rappelle qu’il ne faut rien  s’interdire !).

Comportement
C’est la partie que je vais le plus développer car c’est la clé du vivre mieux avec Menière.
Gestion de la crise
Il faut essayer de ne pas craindre la crise, car la peur engendre le stress et le stress la crise.
Lorsqu’une  crise débute, essayer de garder son calme, de garder les yeux ouverts,  de xer son regard sur un point et de se concentrer dessus jusqu’à que  le cerveau reprenne le dessus sur le vertige. Cela permet de diminuer la  durée de la crise et d’éviter une plus grosse crise rotatoire, mais  dans tous les cas ne pas rester debout, s’assoir, y compris à même le  sol a n d’éviter une chute.
Il faut se concentrer sur sa respiration, respirer doucement et profondément.
 Il faut aussi éviter les mouvements brusques de la tête. Il est  possible avec le temps de déceler des signes précurseurs de la crise :  état nauséeux, sensation de cerceau oppressant les tempes,  augmentation des acouphènes, sensation d’oreille pleine.
Mon ORL m’a proposé une parade qui marche pour moi : verser sous la langue une ampoule de Tanganil® injectable  (c’est aussi buvable), éventuellement avec un sucre ou avec un peu de  jus, car ce n’est pas très bon. J’ai toujours avec une boite d’ampoules  de Tanganil®,  cela me rassure et me permet d’oser me déplacer. Cela m’évite de  rester cloîtré chez moi, ce qui est très mauvais pour le moral et  pour la pathologie, car il faut se confronter à l’environnement  extérieur. D’une manière générale il faut essayer de se reposer, se  relaxer, se détendre a n de résister à ces crises. L’expérience  montre que des crises surviennent ou reviennent en cas d’évènements  anxiogènes, de dif - cultés familiales ou professionnelles, de  périodes où le corps est fatigué par une autre maladie et aussi  suivantlapériodedel’année:intersaisonautomneet printemps, changements  brusques de température et de pression.
Il ne faut pas  hésiter à faire une cure de vitamine (par exemple gelée royale)  et/ou de magnésium B6 dans ces périodes a n de recharger les accus et  mieux résister.
Pour se  rassurer si une crise arrive à l’extérieur, il est bien d’avoir sur  soi un petit mot signalant son état. J’ai mis ce qui suit dans mon  portefeuille:
«  Je souffre de vertiges de Menière. Merci de prévenir au numéro  inscrit au verso ou de m’aider à regagner mon domicile. Il n’est pas  nécessaire d’appeler un médecin »
Les soins
  • la rééducation vestibulaire
Ce traitement physique des vertiges et des instabilités a été reconnu par les caisses de Sécurité sociale.
 Il permet, après un bilan-diagnostic par un kinésithé- rapeute  spécialiste, d’agir entre autre sur les entrées sensorielles de  l’équilibration que sont le système vestibulaire, les 2 vestibules et  la vision. Les premières séances sont assez pénibles, mais des  améliorations notables peuvent être obtenues avec une vingtaine de  séances.
Les personnes  souffrant de Menière ont souvent une défaillance de la transmission  des ordres du cerveau vers les muscles (cheville, mollet...) qui gèrent  l’équilibre. Des exercices faits en kinésithérapie vestibulaire  améliorent vraiment ce déficit. Je fais des séries de 30 séances, et  quand je m’arrête quelques mois, je me rends compte que mon équilibre  précaire revient.

  • La marche
C’est en ne  bougeant pas, en ne sollicitant pas nos fonctions d’équilibre, que la  situation s’aggrave et déclenche une peur qui conduit à rester  prisonnier chez soi, avec les conséquences néfastes pour son moral. Il  faut se faire aider par un proche ou un ami pour essayer de marcher, de  sortir, de se confronter avec notre environnement, même si c’est  difficile au début.

  • Les massages
Il ne faut pas  hésiter à se faire du bien pour lutter contre le stress et se relaxer  : les séances de kinésithérapie des vertèbres cervicales soulagent  énormément car le fait d’être toujours en déséquilibre entraîne  des tensions au niveau du cou et des épaules, de même pour les  séances de kinésithérapie des lombaires qui soulagent les tensions du  bas du dos. J’ai aussi testé la réflexo- logie plantaire qui procure  un bien-être important par une stimulation importante des terminaisons  nerveuses existant dans les pieds. Pour les séances d’ostéopathie qui  soulagent aussi, il faut quand même faire attention aux manipulations  trop brusques des vertèbres cervi- cales qui peuvent déclencher des  crises violentes.

  • La sophrologie et les exercices de respiration
C’est une  méthode de relaxation bien connue des acouphéniques, qui marche aussi  pour les personnes souffrant de la maladie de Menière avec certaines  précautions dans le cas d’exercices avec des mouvements de tête. Les  exercices de respiration permettent de concentrer son cerveau sur notre  rythme respiratoire, de décontracter les muscles et de maîtriser les  vertiges.

Alimentation
Il y a  quelques conseils à respecter pour limiter les risques de vertiges : il  faut éviter les remontées d’acidité qui favorise les états  nauséeux et les vertiges. La suppression des laitages est importante,  il vaut mieux privilégier le lait sans lactose ou le soja, éviter les  crudités le soir, éviter la position allongée moins d’une heure  après le repas.
Lors d’un traitement sous corticoïde proposé par l’ORL suivre un régime sans sel et sans sucre.
 D’une manière générale il ne faut pas faire d’excès ni en boisson,  ni en café et surtout ne plus fumer, mais ne rien se refuser non plus.
N’oubliez pas non plus que l’association France Acouphènes est  là pour vous écouter, vous informer et vous aider et en tant que  référent Menière vous pouvez me contacter par mail (adresse mail  ci-dessous).

Conclusion
Mais il y a un  élément fondamental dans tout cela, même dans les pires moments il  faut garder espoir, se faire aider moralement par des proches ou des  amis, voir ne pas hésiter à consulter un psychologue. Il faut  apprendre à se connaître et essayer de prendre du recul par rapport à  son état. On n’y arrive pas toujours au début, mais cela viendra.  L’aide et l’encouragement de personnes proches est essentielle. Il faut  parler, beaucoup parler... Surtout ne pas se replier sur soi-même car  le moral tombe et les crises augmentent. Il faut essayer de sortir, se  confronter à notre environnement, éviter de rester cloîtré chez soi  par la peur, ce qui joue sur le moral, donc sur les symptômes.

Jacques Foënkinos

contact : contact.meniere@france-acouphenes.org

 
Ne  modifiez ou ne cessez jamais un traitement médical après la lecture  des informations contenues dans notre revue ou notre site Internet.  Adressez-vous toujours à votre médecin traitant seul habilité à  modifier votre traitement.

 
Avis du docteur Didier Bouccara, ORL, sur ce témoignage
"Ce témoignage est comme toujours très riche en informations sur un  parcours difficile. Les différents traitements suivis montrent qu’il  n’ya pas de règle unique pour essayer de contrôler les symptômes de  la maladie de Menière. L’évolutivité étant très différente d’une  personne à l’autre c’est finalement la prise en charge régulière par  le médecin ORL référent qui connaît bien le patient et ses  symptômes, qui va permettre d’adapter les mesures thérapeutiques en  fonction du temps. Par ailleurs il faut noter que l’évolution  spontanée de la maladie se fait dans un nombre non négligeable de cas  par un arrêt des crises vertigineuses qui initialement étaient  intenses."

NB Certains  traitements utilisés lors de la maladie de Menière le sont en dehors  du cadre de leurs indications officielles c’est à dire définies par  les autorisations de mise sur le marché. Ceci implique un choix ciblé  par le prescripteur avec la prise en compte des conséquences  éventuelles de l’instauration de ces traitements.


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Cathy
Vendredi 20 Jun 2025
Merci pour ce partage. Ça redonne de l'espoir.
30ans d'acouphènes avec des crises à répétition.
J'ai essayé plusieurs traitements. A ce jour je fonctionne avec 2 solupred le matin et 1 agirax le soir. A suivre...
Callaerts laurent
Mercredi 22 Jan 2025
Merci pour vos précieux conseils
Cornu
Mercredi 27 Nov 2024
J'ai continué la course à pied et cela m'a bien aidée. Je continue 1h par jour. Avec du tanganil. A 72 ans ,j'ai le moral.. Et çà dure depuis 40 ans....
Rema
Dimanche 04 Août 2024
Chacun le vit a, son rythme on est pas égaux face à cette maladie
danielle brach
Jeudi 11 Jul 2024
Merci pour ce témoignage qui va m aider à éviter quelques erreurs comme celle de me coucher après le repas et de rester couchée car c est dans cette position que je me sens le mieux après une crises pendant une semaine voire 15 jours...
Bonnet christine
Lundi 22 Jan 2024
Merci pour tous ces précieux conseils.
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